
— David Bowie 1973
Dans les années 1975-76, il y a donc trente ans, Bowie fait des déclarations pro-fascistes dans la presse, et notamment dans le magazine Playboy. A son arrivée sur le territoire anglais de retour de son périple américain, le 2 mai 1976, à la gare londonienne de Victoria, il fait, debout dans une Mercedes décapotable et face à des fans venus l'accueillir, un geste de la main que certains vont interpréter comme étant un salut fasciste. On raconte que vers cette époque, à la frontière russo-polonaise, les autorités soviétiques découvrent dans les bagages de Bowie de la littérature (illégale) sur le nazisme ou écrite par des nazis, et que le chanteur se serait défendu en affirmant vouloir faire un film sur le ministre de la propagande de Hitler, Joseph Goebbels.

(photo Andrew Kent) Bowie à Victoria Station Londres, 1976
En septembre 1976, paraît donc une interview de Bowie dans Playboy réalisée par l’écrivain Kurt Vonnegut Jr :
PLAYBOY: You've often said that you believe very strongly in fascism. Yet you also claim you'll one day run for Prime Minister of England. More media manipulation?
BOWIE: Christ, everything is a media manipulation. I'd love to enter politics. I will one day. I'd adore to be Prime Minister. And, yes, I believe very strongly in fascism. The only way we can speed up the sort of liberalism that's hanging foul in the air at the moment is to speed up the progress of a right-wing, totally dictatorial tyranny and get it over as fast as possible. People have always responded with greater efficiency under a regimental leadership. A liberal wastes time saying, "Well, now, what ideas have you got?" Show them what to do, for God's sake. If you don't, nothing will get done. I can't stand people just hanging about. Television is the most successful fascist, needless to say. Rock stars are fascists, too. Adolf Hitler was one of the first rock stars
PLAYBOY: How so?
BOWIE: Think about it. Look at some of his films and see how he moved. I think he was quite as good as Jagger. It's astounding. And, boy, when he hit that stage, he worked an audience. Good God! He was no politician. He was a media artist himself. He used politics and theatrics and created this thing that governed and controlled the show for those 12 years. The world will never see his like. He staged a country.
Really, I would like to be Prime Minister, but I think I'd have to set up my own country first. I don't want to be Prime Minister of the old country. I'd have to create the state that I wish to live in first. I dream of one day buying companies and television stations, owning and controlling them.
Quand on lit les réponses aux questions de Playboy, on perçoit un délire confusionnel où le ridicule se mêle à l’ironique, mais où une certaine lucidité a partie liée avec la provocation. Est évoquée indirectement une remarque faite par Bowie le 26 avril 1976 à Stockholm : “ As I see it I am the only alternative for the premier in England. I believe Britain could benefit from a fascist leader. After all, fascism is really nationalism ”. Et l’on demande à Bowie si l’affirmation selon laquelle il défend une vision fasciste de la politique est une manipulation des médias. Oui, tout est manipulation des médias, répond l’interviewé… donc, y compris, probablement, ce qu’il va répondre… pas mal ! Je crois au fascisme, laisse-t-il entendre. C’est peut-être de la manipulation, mais on est en droit de le taxer de fasciste. Au moins pour ce qu’il dit à ce moment-là. Et Bowie de poursuivre : " J’adorerais entrer en politique. Je le ferai un jour. J’adorerais devenir Premier Ministre " . Impossible, là il s’amuse ou il débloque… Le peuple doit être dirigé d'une main de fer. Scandaleux. Mais Bowie ajoute que le peuple est de lui-même réceptif au fascisme… Ok là-dessus, relisons, si besoin, pour nous en convaincre, le Discours sur la servitude volontaire de La Boétie, écrit bien sûr dans un tout autre contexte.
Les rock stars sont fascistes et Hitler était une rock star : est-ce stupide ? Non. Les rockers sont des manipulateurs et fascinateurs de foule et l’ivresse provoquée par le succès et l’adulation du public peut leur tourner la tête. On raconte que dans les années soixante-dix, Franck Zappa joue avec son public, lors d’un concert : il fait quelques gestes anodins, le public l’imite. Il fait le salut nazi-fasciste, le public l’imite. Il aurait alors quitté la scène vilipendant celui-ci. Zappa c’est en ce sens l’anti-Bowie, mais ils ont compris la même chose.
Hitler était une rock star et il a mis en scène tout un pays… Façon courte de parler, mais il y a du vrai, mutatis mutandis … Walter Benjamin n’a-il pas écrit que, alors que le communisme (le communisme tel qu’il le voyait et le voulait) met l’art au service de la politique, le fascisme met la politique au service de l’esthétique (cf. L’œuvre d’ art à l’époque de sa reproductibilité technique).
Les dernières phrases prononcées par Bowie dans les extraits cités sont délirantes. En même temps, et pour ne prendre qu’un exemple parmi mille autres, elle font fortement penser à l’actualité italienne de ces dernières années, l’Italie de Silvio Berlusconi.
“ Television is the most successful fascist, needless to say ”… Et oui. A lire, entre bien d’autres textes, ce que Guy Debord écrivait dans La société du spectacle quelques années auparavant. Ses idées développées concernant le pouvoir spectaculaire « intégré » qui dépassait selon lui le pouvoir spectaculaire dit « concentré » (nazisme et stalinisme) et le pouvoir spectaculaire dit « diffus » (la démocratie à l’américaine). La télévision est bien devenue dans nos démocraties actuelles un instrument qui dicte et manipule de façon insensiblement dictatoriale la vie et le comportement de beaucoup de nos concitoyens. Qui transforme la réalité en spectacle et fait passer le spectacle pour la réalité.
Quelques mois auparavant, en février 1975, on pouvait lire dans le magazine Creem, sous la plume de Bruno Stein qui titrait ironiquement son article : " Flying Saucers, Hitler, and David Bowie - World problems solved in U.S. hotel room " :
" Somehow to make a point about how humans are all manipulated, David bought up Hitler's Germany and said that Hitler, too, was controlled. He wasn't really the man in charge. The reporter asked how as that possible when Hitler's personal military mismanagement probably cost the Germans the war.
" Oh he was a terrible military strategist ", said David, " the world's worst, but his overall objective was very good, and he was a marvellous morale booster. I mean, he was a perfect figurehead. And I'm sure that he was just part of it, that he was used... He was a nut and everybody knew he was a nut. They're not gonna let him run the country ".
But what about losing the war, asked the reporter. Was that part of the plan too?
" No, that's not what I said ", said David, exasperated. " I said I don't believe that he was the dictatorial, omnipotent leader that he's been taken for ".
L’objectif des nazis était bon mais Hitler n’était, lui, qu’une marionnette. Là encore se mêlent adhésion douteuse et lucidité, semble-t-il, quant au statut de leader de Hitler, aux raisons de son accession au pouvoir et de la fin de son régime et de sa personne. On aurait simplement aimé savoir par qui Hitler était manipulé, de l’avis de Bowie…
Un captage filmique de l’arrivée de Bowie à la gare londonienne et le témoignage d’un ami qui fut présent à ce moment-là sur les lieux de la " comédie " me convainquent que le chanteur n’a pas fait le salut nazi-fasciste. Il s’agit plutôt d’une rumeur montée en épingle par la presse, d’un faux scoop [Le photographe Philippe Auliac qui était lui aussi à Victoria Station lors de l'arrivée de Bowie affirme pour sa part, dans un mail adressé à Manofmusic : "En fait il s'agissait d'un pari entre David Bowie et Andy Kent. David avait parié qu'il ferait ce geste en public durant la tournée (jeu, ultime provocation ?...). Le fait est qu'après plusieurs semaines d'hésitations et le ratage total, dû à des conditions techniques, de son arrivée à la gare Victoria, Bowie a esquissé le geste très rapidement vers le public. Bien évidemment le geste filmé, photographié, puis raccordé à de récentes declarations, a fait la une de la presse dès le lendemain : "Bowie Salute Nazi at Victoria Station"].
Cela dit et quoi qu'il en soit, au regard de ce qui est dit dans Playboy et dans Creem, on peut affirmer que Bowie a bien cherché les emmerdements. Il a joué avec le feu et en paie à l’époque le prix. A moins que tout cela soit calculé pour créer un effet de publicité ! Les déclarations de Bowie au Melody Maker concernant son homosexualité, en janvier 1972, étaient un coup médiatique avant d’être une confession scandaleuse.
Un point de vue souvent avancé est que Bowie est dans les années américaines sous l’emprise de la cocaïne, ce qui expliquerait cette dérive. L’argument tient-il ? Tout cocaïnomane ne tient pas ce genre de discours. De plus, cela pourrait expliquer son discours mais pas forcément excuser. La drogue comme révélateur et désinhibiteur ? Possible. Lors de son séjour chez l’Oncle Sam, Bowie est poussé aux extrêmes et apparemment entré dans un délire paranoïaque et mystico-ésotérique dont un film (" Cracked Actor " de Alan Yentob) et quelques textes et interviewes portent témoignage.
Bowie, depuis un certain temps, maniait des images, des expressions, des concepts très " connotés ". Voir la chanson " The Supermen ", les paroles de " Oh you pretty things " (" You gotta make way for the Homo Superior (…) They're the start of a coming race (…) Homo Sapiens have outgrown their use ”).
Un lexique et une rhétorique qui peuvent faire penser aussi bien à ceux du nazisme qu’à ceux d’un nietzschéisme plus ou moins bien assimilé... Rappelons à ce propos que le Surhomme nietzschéen n’a rien à voir avec le Surhomme des nazis. Si Nietzsche a parfois été assimilé au nazisme, c’est parce que la sœur du philosophe, acquise à la cause hitlérienne, a falsifié les écrits de son frère. Le Surhomme nietzschéen est celui qui se libère de toute aliénation, morale, religieuse, et qui affirme sa volonté non pas de puissance mais puissante. Un homme qui sait dire non, qui sait aller au bout de son désir, devenir ce qu’il est foncièrement, et qui, contre le nihilisme, affirme la Vie et connaît l’Amitié. Si Bowie affirme lui aussi la vie, comme il le fait dans nombre de ses chansons, pourquoi ce goût morbide pour le nazisme ?
In " Quicksand " (1971), il chante : “ I'm closer to the Golden Dawn, Immersed in Crowley's uniform, of imagery. I'm living in a silent film, portraying Himmler's sacred realm of dream reality ”.
A ce propos Kurt Vonnegut, écrit sur Internet : " This is a reference to the Order of Vril and The Thule Society, though many detractors took it as evidence that Bowie was a Nazi sympathizer ".
Aleister Crowley (1875-1947) est un adepte britannique des sciences occultes qui s'est, soit dit en passant, intéressé au bouddhisme. The Golden Dawn est un " Ordre hermétique " qui a connu différentes phases d’existence et auquel s'est également intéressé Crowley. The Order of Vril est une société secrète dont auraient fait partie certains nazis, y compris Hitler lui-même et Heinrich Himmler. The Thule Society est une société secrète qui aurait propagé des idées antisémites. Ces sociétés ont été dissoutes par les nazis. Mais les nazis s’intéressaient de près à l’occultisme, à l’ésotérisme. Et même au bouddhisme.
Bowie aussi.
Bowie manifestera à nouveau son intérêt pour Aleister Crowley à l’époque de " Station to station " (1976). Vonnegut de poursuivre à ce propos :
" An acquaintance of mine once told me he worked in a bookstore near where Bowie was staying in L.A. (where he was recording the album), and he sold Bowie several books on Magick and the Qabalah, including some of Crowley's works. Rumor has it that Bowie kept his hair and fingernail clippings in the fridge of Michael Lippman's home where he was living then, so they could not fall into the hands of those he thought wished to put spells on him. Bowie constructed an altar in the living room and he graced the walls with various Magick symbols which he hand painted. Candles burned around the clock, he regularly performed banishing rituals, and he protected his friends by drawing sigils on their hands.
Bowie admitted in an interview (in 1995) that in 1976 [pas de références exactes, note de. Nightflight]: " My overriding interest was in cabbala and Crowleyism. That whole dark and rather fearsome never-world of the wrong side of the brain. ... More recently, I've been interested in the Gnostics ".
And in New Musical Express in 1997: Q: " So were you involved in actual devil worship? " / A: " Not devil worship, no, it was pure straighforward, old-fashioned magic ". / Q: " The Aleister Crowley variety? " / A: " No, I always thought Crowley was a charlatan. But there was a guy called [Arthur] Edward Waite who was terribly important to me at the time. And another called Dion Fortune who wrote a book called “ Psychic Self Defense “. You had to run around the room getting bits of string and old crayons and draw funny things on the wall, and I took it all mostseriously, ha ha ha ! I drew gateways into different dimensions, and I'm quite sure that, for myself, I really walked into other worlds. I drew things on walls and just walked trough them, and saw what was on the other side! ".
Edward Waite (1857-1952) et Dion Fortune (1890-1946) sont des occultistes qui ont fait partie de la Golden Dawn .
Dans le morceau " Station to Station ", inspiré par Crowley, des références sont également faites aux " Sephirots ", forces vitales et lumineuses émanant de la divinité dans ce courant de la mystique juive est la Kabbale : " Here are we, one magical moment from Kether to Malkuth ". Un syncrétisme qui ajoute à la confusion.
Revenons un instant sur ce problème des débuts de Bowie. Au tout début des années soixante-dix, Bowie ne fait pas qu’évoquer Himmler, les Surhommes, la « coming race », l’Homo Superior. Il semble déjà s’intéresser d’assez près, on le sait peu, au nazisme. Un article du 30 janvier 1971, apparemment destiné à la promotion américaine de " The Man who sold the world " en rend compte :
" David read a book on the Third Reich and talked about some of the ideas that find their way into his songs. He's very interessed in Hitler and the Third Reich, his interest isn't morbid and bloody but stems from Hitler' connections with the Supernatural.
Bowie sees many parallels between Germany and the Thirties and London as it is today. There's the same obsessive decadence and then, like now, the people are crying out to be led.
" There's been something nobody that's anything like a leader in this country for years. Enoch Powell seems to be trying hard to be a Hitler, but, unfortunatly for him, he just doesn't have the class Hitler had.
Powell is too academically astute to actually believe what he preaches so it seems obvious that he is doing it to pander to people’s stupid prejudicies in order to place himself in a position of great popularity ”.
Bowie is also intenely interested in the idea of Homo Superior, the being that will replace us, Homo sapiens, as the ruling creature on Earth, in the same way that man replaced his predecessors.
“ One of the reasons, probably the main reason, that the Nazis were trying to build up a race of supermen was to combat homo superior when he arrives and stop him from taking over the world. The whole nazi thing was giving the image of a mission by their very effective publicity machine, and it really appealed to the youth of an entire nation. The leader that’s going to take this country over will have to be a lot more youth orientated than Powell. It’s the youth that are feeling the boredom most, they are crying out for leadership to search an extent that they will even resort to following the words of some guitar hero ”.
Inevitabily these thoughts must make thelmseleves felt in the artist’s songs. Bowie has been forecasting a tyrant before the days of flower power. Flower Power and the Violent Revolution blacklash that followed it all help to make the coming of a tyrant all the more inevitable ”.
Enoch Powell est un ultra Conservateur anglais célèbre pour un discours raciste contre l’immigration prononcé en 1968 et couramment appelé " Rivers of Blood ". Pour Bowie, le mouvement hippie va provoquer, par réaction, l’arrivée d’un tyran, d’un extrémiste d’une haute stature que celle de Powell.
Etrange. Il y a fascination pour le nazisme, pour son appareillage propagandiste, et en même temps cette idée que le Surhomme nazi serait là pour empêcher l’avènement de l’Homo Superior. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que Bowie a conscience que le nazisme est une régression barbare et/ou une industrialisation de la mort empêchant l’évolution positive de l’espèce humaine ? Peut-être.
Bowie paraît faire preuve d’irresponsabilité dans ses propos. Mais il n’est pas un politicien, il est un artiste. Certes l’artiste doit, pour certains, être réaliste, responsable, éthiquement correct. Mais un artiste authentique, sincère et courageux est aussi là pour exprimer ce qu’il ressent et vit intérieurement, ce qui le structure, ses contradictions (s’il n’est pas trop altruiste et universaliste) et celles de ses semblables (s’il n’est pas trop égotiste et nombriliste). Peut-être même parfois, au-delà de toute morale. Et ce que ressent tout être humain, ce qui le structure, et qu’un artiste peut et doit est capable ou susceptible d’exprimer est aussi fait, quoi qu’on veuille, de pulsions violentes, de perversités et de fascinations diverses, créées ou renforcées par les instances moralisatrices des sociétés humaines, par le Surmoi, et rendues d’autant plus fortes par la pérennité de la répression, par le refoulement implacable du désir et la force sexuelle et vitale de l’individu. Affirmer le contraire est de l’hypocrisie, du mensonge.
Bowie a tenu des propos scandaleux, et l’on pourrait nous rétorquer : s’il est un artiste, comme vous l’affirmez, pourquoi annonce-t-il qu’il veut entrer politique ? Qu’il se contente de faire son job. On contournera aisément le problème en rappelant qu’on a bien affaire à un artiste, mais un artiste qui s’emballe inconsidérément pour parler d’un domaine qui le concerne quand même puisqu’il est intégré bon gré mal gré dans les affaires humaines. Il est un artiste qui exprime et pointe du doigt (pas seulement dans des interviewes, aussi dans ses chansons) ce sentiment de pouvoir absolu que ressentent certains artistes rock, chantant parfois devant des foules gigantesques, dans des décors pharaoniques et parvenant à hypnotiser leur public. Poussés à cela par le (star)système et le recherchant.
Il y a souvent, dans le rock et la pop - en tant qu’ils canalisent et exacerbent une certaine violence pulsionnelle, de la soif de rébellion anarchique et de l’outrage - une posture faite de fascination et de distanciation par rapport au nazisme. De la provocation de plus ou moins bon goût et d’ironie. Gainsbourg l’a bien compris avec son tragi-comique « Rock around the bunker ».
Brian Jones s'est fait photographié en uniforme SS, écrasant une poupée sous sa botte. Sid Vicious arborait un tee-shirt avec une croix gammée. Jean-Jacques Burnell, bassiste des Stranglers, est connu pour avoir eu des lectures gothico-brunâtres. Les horribles hardeux de Kiss remplacent le « ss » par une représentation graphique du « S.S. », alors qu’ils ont parmi eux un certain Chaim Klein Witz (alias Gene Simmons), d’origine juive. Lewis Alan Reed (alias Lou Reed), d’origine juive, s'est fait "dessiner" par teintage une croix de fer dans ses cheveux courts, vers 1974. James Osterberg (alias Iggy Pop), d’origine juive, a eu des visions de swastikas dans les yeux (« China Girl »). On pourrait aussi citer les Dictators, Spandau Ballet, Joy Division, New Order dont les noms sont plus ou moins directement liés à l’univers du nazisme et à la barbarie nazie.
Le fait que certaines personnes « jouant » avec les symboles, les attitudes, les expressions nazis soient juives ne les rend pas forcément inattaquables… On peut se demander si certains ne souffrent pas, n’ont pas souffert de ce que l’écrivain juif Theodor Lessing a appelé la « haine de soi » - c’est le titre et le thème d’un ouvrage de 1930.
Pour revenir à Bowie, la confusion et la fascination d’une part, la critique et l’ironie d’autre part sont patentes dans les albums " The Man who sold the world ", " Hunky Dory " et " Diamond Dogs ". Le spectacle qui a accompagné la sortie de " Diamond Dogs ", en 1974, aux Etats-Unis, est placé sous l’influence du " 1984 " de George Orwell, bien sûr, mais aussi du " Metropolis " (1926) de Fritz Lang. C’est intéressant, car ce film est lui-même ambigu et sujet à critiques (le scénario est de Théa von Harbou, femme de Fritz Lang, qui adhéra au nazisme ; Lang quitte l’Allemagne et sa femme quand Goebbels lui propose, en 1933, de diriger la cinématographie nazie, et il fera ultérieurement son auto-critique à propos de " Metropolis ").
La réalité humaine est complexe, ambivalente... ne pas se voiler la face. Le nazisme peut nourrir les fantasmes (pouvoir et sexualité). Il a fasciné de nombreux artistes, de façon troublante : les rockers cités plus haut, des écrivains comme Jean Genet, des cinéastes comme Kenneth Anger, Luchino Visconti, Pier Paolo Pasolini, Liliana Cavani…
Mais, sans hésitation, parce qu’il faut savoir aussi prendre claire position, la réalité du nazisme est une abomination. Et Bowie, à travers ses goûts et déclarations, fait malheureusement fi de cette réalité. Inconscience d’une jeunesse fougueuse et mégalomanie délirante d’une rock star camée…
Le Bowie des années soixante-dix est hanté par la violence et la mort, cependant animé aussi par la vie et par la créativité. Il a frôlé l’autodestruction mais, heureusement pour lui, pour sa future famille, et un peu pour nous, il a survécu. The life must go on.
Voici quelques références Internet trouvées au cours des recherches.
L’interview Playboy in extenso :
http://www.teenagewildlife.com/Appearances/Press/1976/0900/playboy.html
L’interview Creem in extenso :
http://members.ol.com.au/rgriffin/GoldenYears/7502Creem.html
Bowie et l’ésotérisme :
http://www.luckymojo.com/esoteric/occultism/m200211bowieesoteric.txt
Bowie et la Kabbale :
http://www.dave-jay.com/article.php3?id_article=32
Bowie et les Juifs [étrange titre]:
http://experts.about.com/q/Bowie-David-403/DAVID-BOWIE-JEWS.htm
Sur les Nazis, Himmler et le mysticisme :
http://battle.en.ogarnij.info/en/Nazi+mysticism
Les Nazis et l’occultisme :
http://www.foundation.bw/OnBulwerLytton.htm#_Toc92944746
Les Nazis et le bouddhisme :
http://www.theravada.ca/Pages/hitler.html
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Point de vue documenté sur les déclarations pro-fascistes de Bowie en 1975 et 1976
(Jun 11, 2000)