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I mean it's no secret, you know, my feelings about David artistically. I consider him the Picasso of music and I really mean that sincerely.
— Nile Rodgers (producteur)

Pratique



Birthday Bash


(Posté par: chris le Wed, 01 February 2006 10:06:00 | (926 Lectures) )

Il fut un temps où il était impensable que Bowie arrive un jour à 50 ans, qui plus est en pleine forme, avec un très bon album sur le point de sortir (Earthling) et avec en prime un concert exceptionnel entouré d'une pléïade d'invités prestigieux pour fêter son anniversaire au Madison Square Garden de New York. En effet, si Bowie a pendant très très longtemps rimé avec jeunesse et avec Dorian Gray il a aussi su rimer avec inventivité, remise en question et flair musical proverbial, ce qui explique sans doute sa présence encore aujourd'hui sur le devant de la scène. En cette période de vaches maigres, hormis la collaboration scénique avec Arcade Fire, je vous propose un petit retour en arrière.


C'est un Bowie en très grande forme entouré d'un groupe rodé lors de la tournée Outside et surtout des festivals de l'été 1996 qui joue en ce soir de janvier 1997. Le menu est essentiellement composé par Earthling et Outside, ces deux albums les plus récents de l'époque, ainsi que de quelques perles ressuscitées pour l'occasion (Space Oddity) ou déjà jouées l'année précédente. De façon globale, la prestation du groupe est de grande qualité ne faisant que confirmer les prestations du Lorelei Festival ou du Phoenix Festival. A savoir, un Reeves Gabrels omniprésent, une rythmique sans faille et un Mike Garson discret mais efficace.

Tout au long du concert, Bowie intercale approximativement deux de ses chansons puis deux chansons avec ses invités (avec exceptions). Visuellement, le show réutilise quelques éléments de la tournée Outside mais préfigure de façon plus large celle à venir (installations de Tony Oursler , par exemple). Il est à noter que c'est la dernière fois ( au moment où je publie ces lignes) que Bowie utilisera des éléments visuels prépondérants, les tournées suivantes étant beaucoup moins théâtrales (hélas). Un écran géant est placé derrière le groupe et présente des extraits visuels du travail que Bowie avait effectué avec la compagnie La La La Human Steps en 1990 ainsi que des gros plans (probablement inspiré des clips de Flora Sigismondi) notament sur Voyeur Of Utter Destruction et ceci avec beaucoup de réussite. Comme à une certaine époque (Ziggy par exemple), Bowie change à plusieurs reprises de tenue de scène, revêtant par exemple ses fameux haillons de luxe (dont le Union Jack qui orne la pochette de Earthling). Sur certains morceaux, "Heroes" par exemple, Bowie est vêtu de façon plus sobre, s'accordant peut être avec le propos de la chanson.

Musicalement, comme je l'ai déjà dit, ce concert est en partie une réussite. Bowie et son groupe revisitent avec bonheur le back catalogue du Thin White Duke, mention spéciale aux interprétations de The man who sold the world et Moonage Daydream, réellement apothéosique ceci mis à part. Pas de grande surprise néanmoins, pas de nouveau titre de derrière les fagots mais le plaisir d'entendre pas moins de sept nouvelles chansons ne peut pas être ignoré. A ce titre, ce concert me semble être une première dans la carrière de Bowie (la formule quant à elle sera reprise pour les sorties de Heathen et Reality, respectivement en 2002 et 2003.) En ce qui concerne les invités et Lou Reed mis à part car j'y reviendrai par la suite, je ferai un reproche de taille à l'approche musicale qu'a eu Bowie lors de ce concert. Je m'explique : avec des artistes tels n'aurait il pas été une (très) bonne idée que de retravailler les morceaux joués et d'en présenter des versions alternatives (ainsi que Bowie a pu faire avec Trent Reznor sur le EP I'm afraid of Americans) ? Les versions jouées avec ses invités lors de ce concert ne présentent donc pas un grand changement hormis quelques rares instants où on sent réellement la "patte" du guest artist. Frank Black des Pixies, un groupe que Bowie a littéralement adoré (cf Tin Machine), est le premier a monté sur scène tout d'abord sur un Scary Monsters assez diabolique (mais un poil moins habité que la performance à Nulle Part Ailleurs de 1997 ). On sent que l'ex leader des Pixies (avant la reformation cela va sans dire) n'est pas tout à fait à l'aise et qu'il manque d'espace musicale pour pousser ses barissements dont il a le secret. Impression de malaise qui se confirme par la suite sur un Fashion très moyen, parfaitement inutile (tout comme le duo avec Damon Albarn de 2003 chez Durand). Les invités suivants sont les sympathiques et énergiques Foo Fighters chargés de dynamiter l'excellent Hallo Spaceboy et le délicat Seven Years In Tibet. Sur le premier morceau, les Foo Fighters, en partie à l'aide de leurs deux batteries plus celle de Zachary Alford réussissent à donner une nouvelle violence à un morceau qui en concert a toujours tendance à perdre de puissance. La version de Seven Years In Tibet quant à elle ne restera pas dans les annales, honnête sans plus. Néanmoins, le concert prend une autre tournure avec l'arrivée de Mr Robert Smith soi même. D'une part, il est indéniable que le gars est un fan de Bowie et même si on interprétation de The last thing you should do est un peu à la traîne ce n'est pas le cas de celle de Quicksand où, à mon avis, sa voix se marie admirablement avec la mélodie et parvient à en faire autre chose. Les invités suivants au "grand raout pour mes 50 ans" sont les mythiques Sonic Youth. De façon subtile, ils arrivent à tirer leur épingle dans les méandres d'un I'm afraid of Americans très tendu. Là aussi, cependant, de la part des Apôtres du Chaos, on attendait quelque chose de différent, plus bordélique sans doute. Celui qui me fait mentir est l'invité qui suit "the king of New York himself" : Lou Reed. Dès son entrée sur scène le concert prend une autre tournure. De plus, le traitement qui lui est réservé est effectivement "royal" : 4 titres, deux reprises du Velvet, un titre de Hunky Dory plus fidèle que l'intégrale de Doug Yule et surtout un titre n'appartenant pas au répertoire habituel de Bowie : Dirty Boulevard ! Le set de Lou Reed est donc un moment à part dans le concert, le rêve de tout amateur éclairé de Bowie. Au hasard, les fameux demi sourires entre les deux hommes, le regard halluciné de Lou Reed en entendant Reeves attaquer le solo final de White Light, des versions largement dépoussiérées , un vrai duo entre deux artistes qui se respectent vraiment, Lou Reed prenant les commandes sur Dirty Boulevard avec Bowie et son groupe qui du coup jouent le rôle de guest artists, etc ... En somme tout ce qui vient confirmer l'expression "la cerise sur le gâteau" ..., je passe sur le gâteau d'ailleurs comme sur les escarpins de Bowie pour enchaîner avec le dernier invité, Billy Corgan des feu Smashing Pumpkins (jusqu'à une future reformation bien sûr) qui intervient sur All the young dudes et The Jean Genie, avec un Bowie très relâché, on voit qu'il sait qu'il a gagné son pari (merci Lou).

Fin des courses, un petit hello au Major Tom, Bowie esseulé sur scène dans une version très émouvante de Space Oddity. On revient aux débuts pour mieux rebondir ...

La suite ? On la connaît, Bowie nous promet qu'elle sera tout sauf ennuyeuse et pourtant ... Très bon concert, pour certains cependant le début de la fin d'une certaine période, d'une certaine remise en question.


Stanley White

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