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Trois ans après la sortie de « Hours », l’année même où Ziggy Stardust fête ses trente ans de règne sur ses sujets dévoués du Glam Rock, Bowie choisit de revenir. Et les conditions de ce retour mériteraient à elles seules un long et foisonnant développement. En effet, l’album Heathen qui sort ces jours-ci ne voit le jour qu’après un certain imbroglio dont la disparition d’un album mort-né, le fameux « Toy ».
Tout commence sans doute lors des tournées qui accompagnent le lancement des albums Outside 1. 0 (1995) et surtout Earthling (1997). Fort d’un retour en force dans le cœur des fans et défendu par un succès critique qui contrebalance une absence de ventes patente (on ne fait pas un Let’s Dance tous les jours), Bowie décide de réinterpréter certains morceaux obscurs tirés de sa discographie des années 70. C’est ainsi que réaparaissent sur le devant des scènes européennes, des titres comme All the young dudes1, Aladdin Sane 2, My Death 3 ou encore Always crashing in the same car4.
Cette réappropriation de son back-catalogue (parfois opportuniste,par exemple pour Underpressure 5-écho à la disparition de Freddie Mercury- ou The man who sold the world 6qui avait été interprété par Nirvana) conduit Bowie à une introspection musicale et à un abandon des mouvements musicaux à la mode pour revenir à un traitement des sons plus seventies.
« Hours » est le fruit de cette introspection, l’album étant vendu comme le, je cite, « le nouveau Hunky Dory7». La mini-tournée qui suit voit la reprise de Can"t help thinking about me 8, vieux titre des années 60, et le désir de réenregistrer des vieilles maquettes inabouties des années 60 s’impose bientôt. Il ne manquait plus que Tony Visconti pour chapeauter le tout. Ce sera chose faite lorsque les deux hommes se retrouvent pour travailler ensemble sur une reprise de Lennon 9. C’est décidé : Bowie revient à l’art du songwriting. Néanmoins, son contrat avec Virgin ne le satisfaisant pas, Bowie décide d'embarquer dans ses valises le projet "Toy" ainsi que les titres qui formeront plus tard "Heathen". , Ses préoccupations artistiques semblent se focaliser sur un point et un seul : Heathen est son manifeste de foi en sa capacité d’ écrire des mélodies.
"Nothing has changed"
Le titre ,Sunday , qui ouvre les débats de ce nouvel album se présente à la fois comme un bilan intérieur, celui de l’artiste, et extérieur, celui du monde actuel. Sunday est une chanson cruciale, c'est elle qui va donner la clef d'interprétation de l'album. C'est également elle qui va servir de fil rouge à une collection de chansons , à la première écoute, un peu disparate. Il s'agit donc d'une chanson-manifeste, profondément ancrée dans la réalité historique et inconsciente du New York de l'année 2001. L’opposition constante des mots « everything » et « nothing » ainsi que la première phrase « Nothing remains » semblent montrer l’oscillation permanente de nos valeurs morales et spirituelles. Sunday s'apparente à une conversation entre deux personnes, ici Bowie et Dieu.
" All my trials, Lord will be remembered"
On revient ici à ces fameux dialogues avec un esprit divin que Bowie avait initié avec Word on a wing sur Station to Station (1976), un de ses albums les plus désespérés par ailleurs. C'est l'occasion d'exprimer ses interrogations, le sentiment de perte de direction et, en ce qui concerne Bowie, le désir de réaffirmer une certaine manière de vivre l’art. Néanmoins, la ressemblance avec Word On a Wing s'arrête là, Bowie n'est plus agenouillé, suppliant, accro à la cocaïne. Pourtant, il s'interroge toujours sur le "scheme of things" mais l'angoisse n'est plus la même. Elle est désormais assumée. On note également ce changement d'état d'esprit dans l'emphase déclamatoire, avec "drame et majesté" dit Télérama (et ils ont raison). Le traitement sonore de ce titre en particulier évoque le chant religieux, je pense tout spécialement à l'utilisation des chœurs, les voix qui se font écho renforçant la similitude avec une conversation. Cet habillage sonore ressemble aussi à un dialogue ou à une instrospection: un monologue ou une prière chuchotée tout bas dans un lieu ou tout résonne à l'unisson.Ce morceau, extrêmement complexe11 peut aussi être rattaché musicalement à une polyphonie très proche de l'univers de Philip Glass (Einstein on The Beach, peut venir à l’esprit).
Le titre qui suit, Cactus est une reprise des Pixies, groupe américain des années 80 qui a beaucoup influencé Bowie lors de ses années Tin Machine12. Après la débâcle artistique qu'ont représenté les albums Tonight (84), Never Let Me Down (1987) ainsi que les participations aux original soundtracks de When the wind blows (1985), Labyrinth (1986) et Absolute Beginners (1986), Bowie s'est retrouvé dans ce qu'il a lui même considéré comme le pire creux de la vague de toute sa carrière. C'est sa rencontre avec Reeves Gabrels, en 1988 à la fin du Glass Spider Tour, ainsi que la formation de Tin Machine qui vont redonner à Bowie sa foi en son propre talent. Les Pixies, ainsi que Sonic Youth, dont Tin Machine a tenté de s'approprier toute la folie mélodique, ont donc accompagné la renaissance de l'auteur de Life on Mars ?, d'où la présence d'une de leurs compositions ici. Après les interrogations mystiques, Cactus tranche dans le vif des sentiments et nous propose un instantané d’intensité : l’amour sans son cortège de compromis. Le sang , symbole chrétien de premier plan, exprime ici le lien biologique qui unit les païens. « Le sang vaut mieux que tout un discours amoureux », semble dire cette chanson. Par défaut Cactus souligne le vide sentimental , par exemple celui de Bowie avant sa rencontre avec Iman ? Qui sait ? Comme reprise, Cactus est plutôt une réussite car, sans être franchement une relecture extrême du titre des Pixies, Bowie réussit à l’intégrer à ses propres préoccupations ainsi qu'à l'ambiance globale de l'album. Paradoxalement, l'imagerie assez violente et destructurée de la chanson s'apparente plus à la technique de cut-up empruntée à William Burroughs au début des seventies qu'au songwriting traditionnel. Frank Black s'étant probablement inspiré de l'écriture de Bowie, on obtient ici un début de mise en abyme similaire à celui présent sur Black Tie White Noise 14. Afin de s'approprier pleinement ce titre des Pixies, Bowie y a rajouté un élément narratif à la fois enfantin et diablement efficace: l'épellation de son prénom D-A-V-I-D entre deux couplets évoque le voeu du narrateur de voir sa petite amie lui envoyer sa robe recouverte de sang ! Cactus vient donc rappeler à tous ceux qui l’avaient oublié que les Pixies étaient bien le meilleur groupe de rock de leur époque.
Slip Away avec son titre à la Pink Floyd, est une énigme de premier choix. L’ambiance sonore qui s’en dégage se rapproche du revival seventies assumé par Bowie lors du projet « Toy », ce revival qui doit asseoir Bowie dans son rôle de songwriter. On appréciera à ce sujet l’aspect classique de ce titre, sa mélodie accrocheuse, simple, ses refrains au bon endroit et ses chœurs venus des années 70. La simplicité de cette chanson s’inscrit dans une narration beaucoup plus subtile, une rêverie fortement ancrée dans le paysage new-yorkais. Comme dans un roman de Don De Lillo, un instant s’étire à l’infini et c’est l’impression que donne cette chanson, un étirement sonore, simple comme bonjour mais rendant bien ces moments où l’on rêve les yeux éveillés.Pour ce titre, Bowie louvoie dangereusement vers une nostalgie qui aurait pu faire sombrer sa délicate entreprise. L'usage du fameux stylophone de Space Oddity par exemple aurait pu nous embarquer dans une virée "vintage" 15 pas toujours utile d'un point de vue créatif. Le thème de la chanson s'inspire simplement du show télé de Uncle Floyd 16 , dans la fin des années 70, mais n'évoque aucun regret précis, il s'agit juste d'une rêverie sans but précis, fortement ancrée dans l'imaginaire new yorkais, tout comme le reste de l'album d'ailleurs.
La guitare de Pete Townshend retentit pour le premier single de l’album, tout droit sorti de l’album Scary Monsters. Cette accroche classique n'est pas sans rappeler le solo du même Townshend pour la chanson Because you're young et certains y ont même vu des accents coupables 17 de "Heroes". Slow Burn est une chanson qui s’impose comme l’évidence même. Bowie a voulu une chanson efficace, presque formatée FM et il l’a fait. Le thème de ce titre évoque sans équivoque la peur ambiante qui règnait à New York lors de l’écriture de Heathen, celle du vide aussi laissé par les Twin Towers. La charge héroïque de la guitare de Townshend ainsi que la chaleur des cuivres 18 s’oppose parfaitement à la teneur des paroles. New York, ville qui nous renvoie à nos peurs primales, qui nous interroge sur notre propre identité.
« But who are we so small in times such as these ? »
Ce titre évoque donc l'inquiétude et la peur désormais au centre de la vie newyorkaise. L'écho des attentats du 11-S retentit pour la première fois clairement. Un sentiment d'impuissance à la limite de ce qui peut être exprimé par une collectivité à laquelle Bowie s'identifie, "we, ce qui est une première pour ce chantre forcené du "je". Même si Bowie s'en défend et même s'il prétend avoir écrit l'album avant les attentats, l'ambiance de l'album est le reflet "d'un sentiment général d'anxiété (qu'il y a eu) aux Etats Unis depuis quelques années". Bizarrement, c’est plutôt un sentiment d’exaltation sereine qui ressort de ce titre, un peu comme cette énergie que Bowie admire tant chez les Américains (cette capacité à toujours voir dans une bouteille à moitié vide, une bouteille à moitié pleine, voire pleine à ras bord) 20, énergie qui leur a permis de vite associer la peur à leur vie et peut être à la surmonter.
Une guitare en appelle une autre, une chanson répond à une autre 21. On passe de « we » à « I », retour au jeu autobiographique, genre auquel Bowie semble se prêter sincèrement depuis Hours . Bowie face à la meute, comme dans la chanson Teenage Wildlife, de l’anxiété, l’isolement, la peur 22. Afraid. A travers de merveilleux arrangements de cordes très pop, apport de Tony Visconti dont Bowie est très fier 23 , le chanteur tâte l’équilibre qui le maintient à flot : les doutes laissent la place à une paix intérieure, elle même appelée à disparaître sans cesse. Tout et son contraire, car les raisons d'être ou de ne pas être effrayé s'équilibrent de façon ironique 24 . On ressort à la hâte ses vieux gris-gris, une chanson des Beatles devrait faire l'affaire pour conjurer le mauvais vent. Face à la peur, chacun se défend,ou croit se défendre comme il peut. Ainsi une chanson des Beatles vaut bien toutes les protections de la Terre si l'on est prêt à le croire. Par ailleurs, on notera que la ligne "I believe in Beatles" fait écho au très cynique "I don't believe in Beatles" que Lennon assénait sur God 25 Une chanson des Beatles donc, pourquoi pas en effet ? Le tout c'est de se sentir à l'abri. N'est ce pas David ?
A deux pas de là, se joue un mirage d’histoire d’amour en 2’59. La deuxième reprise de l’album, I’ve been waiting for you 26 de l’immense Neil Young, est plus une gâterie que se permet Bowie qu’autre chose. En effet, la reprise ne brille pas vraiment par son originalité. De plus, elle tranche singulièrement sur les autres titres par ce son puissant bien servi par le Dave Grohl de service (éternel ex-batteur du groupe qui avait fauché la vedette à cet autre groupe, lui même auteur d’une version du titre de Neil Young plus convaincante, vous suivez ? 27). Par contre, la simplicité et l’efficacité des paroles et mélodies du Canadien épileptique s’inscrivent bien dans ce désir (pieux) de Bowie d’être reconnu comme songwriter 28 (d’où la reprise de Young après celle de America de Paul Simon 29). D'autre part, ce titre rappelle également la connection qui existe entre Pixies et Tin Machine, ces derniers ayant l'habitude de reprendre des titres des Pixies comme I've been waiting for you ou Debaser. Même si Bowie s'est dit fasciné par la complexité du son du premier album de Neil Young 30, ici ce n'est pas cet aspect qui a primé mais bien l'énergie et la simplicité de l'ensemble qui a pris le dessus sur le reste; eléments qui font de cette chanson un titre accrocheur dès la première écoute et diablement efficace en concert.Cet hommage au talent de Neil Young n'est en tout cas pas le premier hommage venant de Bowie, on se souviendra en effet de la participation amicale de Bowie au Benefit Bridge Concert de 1996 et un peu plus tard, sur l'album Earthling (97), de la chanson Dead Man Walking. Enfin, cette reprise rappelle également au passage que Bowie s’est toujours considéré avant tout comme un fan, les reprises jalonnant sa carrière le prouvent aisément. Du Velvet Underground, aux Beatles en passant par les Who, Bowie a toujours revendiqué son statut de fan toujours émerveillé par le travail de ses pairs . De fait, il n’ y a pratiquement pas d’album de David Bowie qui ne comporte pas de reprises (excepté la trilogie berlinoise).
Les thèmes principaux de Heathen refont surface sur I will be your slave. Ce titre offre plusieurs interprétations et son ambiguïté va de paire avec sa complexité sonore. Le travail de Tony Visconti est en tout point remarquable : un tapis soyeux de synthés, des cordes à l'émotion millimétrée, une basse qui butine follement sur un tapis d'émeraudes et la voix de David en grande forme 31.Deux interprétations donc : la première, la plus évidente, remet en question les rapports de force tels qu'ils existent à l'intérieur d'un couple. La question cruciale étant : qui est le maître ? Qui est l'esclave ? La situation évoquée dans la chanson est celle d'un partenaire prêt à " se donner" entièrement à celui ou celle qui saura s'ouvrir à lui.
"Open your heart to me, Show me who you are and I will be your slave"
Cette interprétation est contrebalancée par les déclarations de Bowie qui nous offre quelques indices 32 en indiquant que ce titre s'adresse en fait à Dieu. Quelque part entre Sunday et Heathen, Bowie reprend son discours adressé aux Instances Supérieures. Une prière. Une de plus.
D’une toute autre subtilité est le titre qui suit: I took a trip on a Gemini Spacecraft joue sur un autre tableau. Dette avouée au Legendary Stardust Cowboy 33, ce titre sert de clin d’œil à l’encombrant fantôme de Ziggy. Joyeux anniversaire se dit Bowie avec une dose d’autodérision qu’on ne lui connaissait pas, ou peu, sur disque !Alors que tout le monde attendait un spectacle Ziggy à Broadway, Bowie a preféré enterrer le fantôme de Ziggy là où il n'est pas dangereux : sur la scène du Meltdown Festival ...34 Gemini Spacecraft est un redoutable exercice de style à mi chemin entre le ridicule et le sublime, perdu entre des paroles d’une bêtise confondante et une atmosphère sonore assez originale ( un peu Outsidienne diront certains). Ce titre est musicalement un plaisir immense dans lequel Bowie semble vraiment oeuvrer "plus pour la musique elle même" 35 que pour réellement rendre hommage au Legendary Stardust Cowboy. Gemini fait en tout cas partie de ces titres sur lesquels Bowie et Visconti ont le plus travaillé l'atmosphère sonore. On est à nouveau très proche de la tentation de l'autocitation (vu le thème de la chanson !) mais le piège me semble bien désamorcé. Gemini s'appuye sur un savoir faire pour devenir à part entière un cousin déglingué du Major Tom 36. Un beau trip au cœur de la constellation « little green men 37» de Bowie.
A mi-chemin, entre ses préoccupations de Sunday et leurs conclusions logiques sur The Rays, Bowie revient énoncer les règles du désordre amoureux, thème assez présent sur cet album. 5.15 the Angels have gone évoque un ciel vide d’étoiles, une ville sous la neige. Une belle mise en scène, classique dont la montée initiale avant le refrain est une pure merveille. Une belle évocation du vide de ceux qui ont raté leur chance, ceux qui sont passés à côté de la personne qui pouvait les rendre heureux. Un titre sur le fil donc qui lui aussi souffre de certaines lourdeurs en concert 38.
Les deux chansons suivantes, Everyone says hi et A better Future, posent problème. Bowie joue la carte de la candeur ainsi que celle de la chaleureuse sympathie ce qui musicalement ne donne pas grand chose. C’est ainsi que malgré la sophistication de ces deux morceaux, on est en plein vide intersidéral. Même si Bowie (et Carlos Alomar) viennent à la rescousse de Everyone says hi en indiquant à un Jérôme Soligny bluffé, et on le comprend, que ce titre est dédié à la mémoire de son père, on ne peut penser qu’à la gentille niaiserie de Kooks, ballade pour Zowie, écho à ces deux nouvelles chansons inspirées directement par la récente paternité de Bowie. Merci Lexie pour ces deux ratages que tu as inspiré à papa 39.
Même si Bowie s’en défend énergiquement, Heathen (The Rays) ne peut être que compris à la lumière des événements du 11-S . Ce morceau revient là ou Sunday s’arrêtait. Un cycle s’instaure, un étau de doutes et d’aspiration à une vie meilleure. Où est l’équilibre impossible ? Où est cet équilibre que Bowie recherche depuis le début ? Equilibre qui en finirait avec la créativité de Bowie. Une fin tragique donc où les allusions à la mort 40 ne manquent pas : les Twin Towers qui disparaissent et qui laissent passer les rayons de lumière. « All things must pass », les morts célèbres ne sont pas loin. Ambiance très V-2 Schneider pour rappeler Que Bowie fait partie de ceux qui ont survécu aux 60-70, le cerveau bien endommagé, toujours rongé par des formidables bouffées d’anxiété et d’inquiétude d’une part et d’autre part une croyance relativement récente à des valeurs comme la solidarité et la famille.
A travers ce dernier titre de l'album, on n'est pas si loin d'une retour à un certain paganisme, le culte de la lumière dans le monde de l’après 11 S. Un peu de lumière parfaitement consciente des forces qui oeuvrent pour en finir avec elle.
La démarche artistique de Heathen est à l’image de cet équilibre : un catalogue luxueux de doutes et de croyances, un dialogue privilégié avec les Instances Supérieures, une démonstration de songwriter amoureux du travail bien fait, voulant avant tout être efficace et donc privilégiant la lisibilité à l’expérimentation sonore. Néanmoins, et pour en finir, Les titres Sunday et Heathen, vivent une vie à part 41 et brodent un pessimisme assumé sur fond de bilan artistique :"J'ai voulu ressentir le poids et la profondeur des ans. Toutes mes expériences, toutes les questions, toutes les peurs, toutes mes quêtes spirituelles 42" .Un beau titre d'inspiration « lowienne », froideur et pessimisme qui, comme d’habitude, nous laissent dans l’ignorance la plus complète de ce à quoi ressemblera le prochain opus de David Bowie.
Stanley White, dans le train entre Paris et la campagne et finalement dans mon bureau. juillet 2002. J’attends vos impressions ...
Ici : stanley_white@voila.fr
Pour plus d'informations sur l'album Heathen, des infos concernants la tournée 2002, tout est sur l'excellent portail manofmusic.com .
Mes remerciements au passage aux membres de ce même site qui m'ont inspiré quelques corrections par rapport à la mouture initiale de cette critique et qui ont permis la réalisation technique de cette page.
Merci également aux sites teenagewildlife et bowiewonderworld pour leur excellent boulot.
Merci enfin à Jasamine et à Fanette pour leur inspiration contrastée.
.1.All the Young Dudes : Titre que Bowie a écrit pour Mott The Hoople en 1972.
.2.Aladdin Sane : Chanson titre de l'album du même nom. (1972)
.3.My Death : Reprise de Jacques Brel que Bowie utilisait durant la tournée Ziggy Stardust (cf Ziggy Motion Picture)
.4.Always crashing in the same car : tiré de l'album Low
(1977)
.5.C'est d'abord le duo avec Annie Lennox à Wembley lors de l'hommage à Freddie Mercury. Puis en 1995, un duo lors de la tournée Outside avec Gail Ann Dorsey.
.6.Nirvana avait repris avec beaucoup de brio et sans trop de fioriture le titre ambigu de Bowie lors de leur fameux MTV Unplugged en 1994.
.7.Et Dieu sait qu'on en est loin !
.8.Ce titre dont pourtant Bowie soulignera parfois sur scène l'ineptie des paroles ! (pendant l'émission Storytellers de VH1, par exemple)
.9.Ce serait "Mother", reprise de John Lennon restée unreleased jusqu'à aujourd'hui.
.10.Le vieux compagnon des débuts du Glam evec le groupe The Hype puis collaborateur sur plusieurs chefs d'oeuvre tels que Scary Monsters (1980) pour n'en citer qu'un. Pour de plus amples renseignements sur Tony Visconti : ici.
.11.L'extrême précision de la mise en place de la voix ainsi que son équilibre sonore , alchimie de sonorités empruntées aussi bien à Low qu'à Earthling rompent avec la simplicité de l'approche de "Hours..." et avec les intentions de retour au songwriting pronées par Bowie.
.12.Groupe que Bowie fonda en 1988 aves Reeves Gabrels et les frères Sales afin de se sortir du marasme dans lequel l'avaient plongé les années 80.Plus d'infos: ici .
.13.Bowie dit à propos de Cactus :" The Pixie's song Cactus is really an underrated song, in my opinion, as is so much of Charles's writing. I never could get over the fact that The Pixies formed, worked and separated without America taking them to its heart or even recognizing their existence for the most part. It was a downright disgrace. Pixies and Sonic Youth were so important to the eighties." From The Heathen Journals - Part 5.
.14..Pour mémoire, Bowie reprenait I know it's gonna happen someday de Morrissey. A propos de cette reprise, Bowie affirmait qu'il avait voulu reprendre une chanson de Morrissey directement inspirée de son propre Rock'n'Roll Suicide. La présence de Mick Ronson à la production de l'album de Morrissey (Your Arsenal 1994) ne faisait que rajouter à la confusion. Cf Les Inrockuptibles, été 93. Des précisions: ici .
.15.Cf les obessions pour le vieux matériel de Lou Reed ou des White Stripes plus récemment. Bowie s'explique :"The Stylophone is one of the looniest of pre-synths. It came out in the sixties and I first used it on 'Space Oddity' in 1969 I think it was. It was really cheap and the tone is nasty as hell. It only plays one note at a time and you have to use a stylus to get at the keyboard. Like using a pen. It has no volume control so you do that by putting your hand over
the speaker. But it's got something about it. You hear it really well at the end of 'Slip Away'. Tony suggested that I cover the top note of some of his string parts with it and it gives them a kind of lift. The 'Longwave Theremin' and a proper Theremin were used on a couple of tracks. Tony had the proper one and has had it for years. He's a super fan of Theremin and showed us all a great documentary on the man Theremin's very sad and long life. This woeful sounding instrument found its way onto 'Gemini' among others." Heathen Journal - Part 7.
.16..Bowie dit :"Back in the late 70's, everyone that I knew would rush home at a certain point in the afternoon to catch the Uncle Floyd show. He was on UHF Ch: 68 and the show looked like it was done out of his living room in New Jersey. All his pals were involved and it was a hoot. It had that Soupy Sales kind of appeal and though ostensibly aimed at kids, I knew so many people of my age who just wouldn't miss it. We would be on the floor it was so funny. Two of the regulars on the show were Oogie and Bones Boy, ridiculous puppets made out of ping-pong balls or somesuch. They feature in the song. I just loved that show." Heathen Journal - Part 8 Pour plus d'infos sur Uncle Floyd : ici.
.17.Bowie parle de son désir de faire un disque qui serait une " personal cultural restoration, using everything (he) knew without returning to the past" Heathen Journal - Part 1. On peut dire que Slown Burn, dans le solo du leader des Who, penche dangereusement la tête dans une contemplation stérile du passé.
.18.Les Borneo Horns déjà vus sur Let's Dance (1983)
.19.Dixit Bowie in Entertainment Weekly.
.20.On retrouve un écho de cette affirmation dans .Libération, 7 juin 2002.
.21.I'm afraid of Americans sur Earthling (97)
.22.Bowie dit à se sujet que les thèmes principaux de Heathen sont :" fear, isolation, revenge, pleading and abandonment.There's a low-level anxiety that runs through the whole thing, which is probably what i'm good at doing". Usa Today
.23." He is a superb string arranger, I could not think of doing an album with him without strings in some form. It would be criminal" Heathen Journal - Part 4.
.24."it's kind of sardonic in its assertion that if we play the game everything will be alright" Heathen Journal - Part 8.
.25.Chanson elle même amplifiée sur God (part II) de U2 sur Rattle & Hum (1988). Encore un jeu d'écho et de dialogues par chansons interposées.
.26.Tirée du sous-estimé premier album du Loner en 1969.
.27.Kurt Cobain a toujours reconnu que son groupe devait énormément de son succès au son des Pixies. Nevermind c'est la sensibilité de Cobain + Le sens mélodique torturé des Pixies, et ça marche ! Au passage, rappelons que Frank Black n'a jamais été aigri du succès de Nirvana, tout au contraire. La version que les Pixies firent de I've been waiting for you se trouvait en B-Side de l'excellent Velouria. Pour en savoir plus : ici .
.28. "This album is much about the songs this time " entendait on Bowie dire sur les ondes de France Inter le 12/07/02.
.29. Lors du concert hommage aux pompiers New Yorkais en 2001.
.30. "dazzled by the overall complexity of sound" dit Bowie dans Heathen Journal - part 5.
.31. Impressionante cohérence sonore qui s'effiloche malheureusement en concert.
.32. Cf interview de Bowie dans Rock'n'Folk, Juin 2002.
.33. Lire à ce sujet le petit papier dont Bowie s'est fendu dans le numéro de Mojo de juillet 2002, p 28.
.34. Et accessoirement à travers un merchandising douteux dont je ne parlerai même pas tellement c'est de l'arnaque !
.35.Les Inrockuptibles, juin 2002.
.36. Bowie parle de son travail sur cette chanson en ces termes : " We do know, between us (Tony et lui), how to landscape a song and give it a real place, and identity and a character". From NME interview. Ce qui est exactement le cas ici.
.37. Gemini Spacecraft restera donc comme un nouveau chapitre de la longue "little green men" connection de Bowie qui de Space Oddity à Gemini Spacecraft en passant par Ziggy, Ashes to Ashes, Baby Universal ou le Spaceboy marque assez bien l'évolution de Bowie ainsi que certaines constantes dont il se défend toutefois (cf l'article Watch that man sur Time Out London 5-12 juin 2002)
.38. A noter toutefois que Bowie s'est servi de la mélancolie de ce titre pour la dédier à John Enwhistle lors du concert du Meltdown Festival.
.39. L'interview de Jérôme Soligny est bien sûr celle donnée à Rock'n'Folk. Pour enfoncer le clou ( ou pas). Dans le chat de MSN (juin 2002), Bowie précisait que "everyone seems jolly in tone, but is about the passing away of somebody. It was a general song about losing someone in one's life and wasn't written about anyone specificaly ". J'aimerais indiquer que le remix de A better future par Air est à la hauteur de toutes nos déceptions. Par contre, force est de constater que Everyone says hi fonctionne très bien en live ... Mais de là à la jouer deux fois à Cologne !!!
.40.Bowie a cité les lieder de Strauss comme source d'inspiration :"J’ai toujours été un grand amateur de Richard Strauss que j’ai découvert grâce à Stanley Kubrick et à «2001: l’odyssée de l’espace». La bande son m’avait fasciné. J’ai alors acheté quasi tous les enregistrements du compositeur allemand, et je suis tombé sur les «Quatre derniers Lieder» qu’il a composés lorsqu’il avait un peu plus de quatre- vingts ans. L’âge venant, ces chants me hantent avec plus d’insistance. Sa vision de la mort me touche plus profondément. Je voulais que «Heathen» touche à sa manière à cette gravité, notamment dans les morceaux qui ouvrent et clôturent l’album. Les lieder de Strauss ont éclairé ces compositions même si tant musicalement que lyriquement l’influence n’est pas directe." Webdo 6 juin 2002
.41. C'est d'autant plus vrai en concert, ces derniers morceaux nous plongeant dans un rare moment de quiétude païenne. Cette drôle d'impression d'être à deux doigts de comprendre le pourquoi et le comment de toutes les forces qui nous régissent ...
.42.Heathen Journal, part one.
« Nothing has changed, Everything has changed »
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